18 septembre 1835

« 18 septembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 268-269], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11089, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour, toi que j’aime, bonjour, mon cher Toto, comment as-tu passé cette nuit, as-tu pensé à moi dans tes rêves ? M’as-tu bien aiméea ? Moi, cela va sans dire, tu n’es pas seulement une pensée dans mes autres pensées, un amour parmi d’autres affections, tu es tout ! Hors toi, il n’y a rien en moi, rien du tout.
Je me suis couchée hier à 10 h. parce que j’étais un peu lasse, j’étais sur mes 11 depuis midi jusqu’à 7 h. ¼. Vous voyez bien, mon cher petit Toto, que je pouvais bien avoir besoin de mon lit.
M. Pernot1 était venu hier, il avait dit au père Labussière qu’il vendrait son bois, c’est-à-dire sa demie corde 25 francs. Tu penses bien que je n’ai pas accepté ce marché. Ce n’est pas d’une provision de bois dont j’ai besoin mais d’un peu de bois pour me chauffer dans les temps de pluie. J’ai donc envoyé le père Labussière à Jouy m’en chercher un demi-quart. C’est le moins qu’on en peut acheter. Avec quelques fagots, cela fera notre affaire très bien sans tant de dépenses.
Le temps me paraît encore très menaçant, mais nous pouvons nous moquer de ses menaces dans notre petite maison, pourvu qu’il ne t’empêche pas de sortir de chez toi ! J’espère que non et que nous passerons une bonne et charmante journée aujourd’hui dans les bras l’un de l’autre.
Voici venir le père Labussière. Je m’en vais savoir combien coûte le bois. À bientôt, mon bien-aimé, je serai au rendez-vous à moins qu’il ne pleuve des hallebardes la pointe en bas… et encore, avec un bon parapluie, on pourrait s’en tirer. Nous verrons. Je t’aime.

Juliette


Notes

1 M. Pernot, employé au ministère de la Guerre et maire de Vaugirard depuis 1831, est le propriétaire de la maison où loge Juliette, dans une chambre mansardée, aux Metz [Jean-Marc Hovasse, ouvrage cité, t. I, p. 633].

Notes manuscriptologiques

a « m’as-tu bien aimé ».


« 18 septembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 270-271], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11089, page consultée le 25 janvier 2026.

Je n’ai pas la force de t’écrire tant je suis fatiguéea, mais que je t’aime donc, mon Dieu ! Je suis moulue mais je suis ravie, je ne peux plus remuer ni bras ni 11 mais je t’adore. J’ai des ampoules aux pieds et aux mains, mais jamais je n’ai été plus heureuse qu’aujourd’hui.
J’ai mangéb comme quatre d’un lapin qui pourrait à lui tout seul rassasier la ville de Jouy. Figure-toic qu’on a été obligé de le faire cuire dans un chaudron  !!!
Nous sommes arrivés en nous pressant de toutes nos 11 à 7 h. 5 m. J’ai dîné à 8 h. ½ et me voilà.
J’ai regardé tout le long du chemin si je retrouverais le cadavre de ce pauvre [illis.] mais je ne l’ai pas retrouvé. Je pense qu’il aura été finir ailleurs ce qui lui restait d’existence.
Je ne sais pas encore si je vais lire. Il faut que je fassed mes comptes, que je mette mes papillotese, après je verrai mais je suis bien lasse. –f
Bonsoir, mon chéri, bonsoir, mon adoré, bonsoir, mon grand Toto, dormez bien, ne vous fatiguez pas et surtout aimez-moi comme je vous aime, si cela est possible. Je vous baise dix cent mille de fois.

Juliette

Ne regrettez pas l’histoire de nos journées, cela est bien mieux écrit dans mon cœur que sur du papier. Aussi on ne risque pas que les feuillets se perdent.


Notes manuscriptologiques

a « fatigué ».

b « j’ai mangée ».

c « figures-toi ».

d « fasses ».

e « papillottes ».

f Juliette trace un trait jusqu’à la fin de la ligne.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.

  • 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
  • 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
  • 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
  • 17 octobreLes Chants du crépuscule.
  • 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.